Titre original: Old Boy (Film sud-coréen)
résumé: Oh Dae-Su est un jeune père de famille dépressif et alcoolique. Un jour, sans raison apparente, il se fait enlever et emprisonner dans une cellule individuelle dans laquelle il va passer 15 ans sans voir une seule personne. Son seul lien avec l'extérieur est pendant toute cette période une télévision par laquelle il apprendra au bout d'un an de capture qu'il est accusé du meurtre de sa femme et donc recherché par la police. Au bout de ses 15 ans et toujours sans qu'on lui en explique les raisons, il est remis en liberté. Il va alors tenter de retrouver celui qui l'a séquestré aussi longtemps, et qui semble prendre un malin plaisir à le torturer psychologiquement en lui laissant ostensiblement des indices qui semblent devoir le forcer à se souvenir peu à peu de son passé et plus précisément de ses années lycée. Dans sa recherche, il va faire la rencontre de Mido, une jeune cuisinière dont il va peu à peu tomber amoureux.
casting
Choi Min-sik: Oh Dae-su
Yoo Ji-tae : Lee Woo-jin
Kang Hye-jeong : Mido
Kim Byeong-ok : Mr Han
Ji Dae-han : No Joo-hwan
Yun Jin-seo : Lee Soo-ah
critique:
__Ce film, adapté du manga du même nom et faisant partie d'une trilogie de Park Chan-Wook sur le thème de la vengeance (avec "Sympathy for Mr Vengeance" (2000) et "Lady vengeance" (2005)), a reçu plusieurs récompenses internationales dont la plus prestigieuses est le "Grand Prix du Jury" à Cannes en 2004, et le moins que l'on puisse dire est que toutes ses récompenses sont amplement méritées.
__Bizarrement, "Old Boy" est un film largement précédé d'une réputation assez sulfureuse de film ultra-violent, réputation alimentée par l'affaire de la fusillade de l'université de Virgina Tech aux Etats-Unis, le jeune étudiant s'étant photographié dans la même position que le personnage de Oh Dae-Su sur l'affiche du film, un marteau à la main. Pourtant, si le film est certes assez violent, il l'est beaucoup moins, visuellement parlant, que la plupart des films d'action ou traitant du thème de la vengeance qui sortent en salle de nos jours. C'est que la violence est ici pour le spectateur plus psychologique, plus dans la suggestion et Park Chan-Wook, par un montage à la fois très rythmé mais qui ne montre que le minimum, sans effusions de sang à tout va, sans sur-esthétiser le tout, laisse le spectateur imaginer par lui même les torture pour le moins sadiques que subit ou fait subir le protagoniste. C'est d'ailleurs cette théorie que l'un des adversaires de Oh Dae-Su exposera lorsque, le tenant au bout de son marteau afin de lui faire subir ce qu'il lui avait fait lentement et sagement quelques jours auparavant (à savoir un arrachage de dents sans anesthésie), il lui dis que "les gens tremblent car ils imaginent. N'imaginez pas et vous aurez du courage"; l'imagination encore plus efficace sur un plan psychologique qu'une confrontation directe avec la réalité? C'est effectivement le message (clair) que Park Chan-Wook veut faire passer et vu l'efficacité de son film, on y croit.
__Tout le film repose sur un scénario béton, reprenant dans les grandes lignes le mythe inépuisable mais très difficilement adaptable d'Oedipe, qui traite de l'un des sujets les plus tabous de notre société, à savoir l'inceste.
Dans ce volet de la trilogie de Park Chan-Wook, toute la question est de savoir pourquoi celui qui a ordonné l'enlèvement et la séquestration de Oh Dae-Su a agit ainsi et très paradoxalement, la psychologie des personnages principaux n'est pas énormément creusée, ce qui aurait grandement aidé les spectateurs qui auraient put mener leur propre enquête de leur côté pendant que le film avançait. Mais voilà, tout le film suit la traque de Oh Dae-Su selon son point de vu; et il s'agit d'un homme à la mentalité assez vacillante, qui ne se connaît pas bien lui même et qui avance à tâtons, chaque élément nouveau de l'enquête l'amenant à se connaître un peu plus et à se souvenir d'éléments passés. Peu à peu, on pourrait croire avec tout ce que l'on apprend que l'on finis par connaître bien ces personnages, alors qu'en fait le nombre de questions que l'on est en droit de se poser à la fin du film est presque plus grand que le nombre de questions que l'on se posait au début. Le parcours de Oh Dae-Su est ainsi avant tout une recherche intérieure, une enquête sur lui même, chaque paysage qu'il traverse représentant son esprit, longtemps enfermé et sans horizon, et qui s'ouvre d'un coup au monde et doit dans un temps records analyser et ingurgiter toutes les nouvelles données qui lui arrivent. Une enquête qui d'ailleurs ne mènera pas à grand chose, la preuve en est la situation finale de Oh Dae-Su préférant effacer de sa mémoire tous ces éléments et repartir à zéro plutôt que d'affronter encore un problème qui ne peut que en engendrer un autre (la vengeance appelant automatiquement la vengeance).
__A partir d'une morale plus que simpliste, Park Chan-wook réalise donc un film alambiqué et s'amuse à perdre son spectateur dans les multiples couloirs de son scénario, avec le même sadisme que Oh Dae-Su lorsqu'il arrache les dents de son ancien geôlier. En mêlant ainsi plusieurs types de comiques à plusieurs styles horrifiques, en accumulant à outrance les surimpressions et les cadres trompe l'oeil, les alternances entre points de vues improbables et point de vue de Oh Dae-Su, en distillant de manière tout à fait calculée des dialogues très écrits, poétiques et empreints romantisme, finalement en donnant à son film une allure des plus irréaliste, Park Chan-Wook arrive à nous faire douter sur le réalisme du moindre détail: tout cela n'est-il finalement pas un rêve? Oh Dae-Su ne va-t-il pas finir par se réveiller en sursaut pour se rendre compte qu'il vient juste de faire un énorme cauchemar? Comme dans un rêve, les moindres mouvements qu'il exécute ne sont pas dictés par sa propre conscience, il n'est que le pantin d'une autre personne, Lee Woo-jin, qui finira par avoir raison de son mental. Oh Dae-Su baisse finalement les bras en découvrant ce que son ignorance l'a amené à faire, et se déclare lui même le chien de Lee Woo-jin, mais ce qu'il ne comprends pas c'est qu'il l'est déjà depuis longtemps, et qu'il vient donc juste d'admettre l'évidence. Lee Woo-jin n'a donc alors plus aucun rôle à jouer, sa vengeance est finie et ne pouvant plus se raccrocher à cette homme qu'il manipulait et qui était sa dernière raison d'être, il ne lui reste plus que le suicide pour mettre un point final à cette histoire.
__Film à la fois sanglant et violent mais qui ne tombe pas dans un voyeurisme bas de gamme, "Old Boy" marque les esprits et fait partit de ces films qui n'en finissent pas de se découvrir, dévoilant à chaque visionnage une face encore inconnue de ce qu'ils ont à dire ou montrer. Un film à ne pas mettre entre toutes les mains mais cependant, mais qui ravira sûrement un large public, non pas parcequ'il est commercial, bien au contraire, mais parcqu'il est beau, tout simplement.
ma note: 17/20
votre note (moyenne de vos notes): 16,75/20 (moyenne de quatre notes).
"- Les gens tremblent car ils imaginent. N'imaginez pas et vous serez plein de courage."




