Old Boy

Old Boy
Old Boy, film de 2004, réalisé par Park Chan-Wook

Titre original: Old Boy (Film sud-coréen)

résumé: Oh Dae-Su est un jeune père de famille dépressif et alcoolique. Un jour, sans raison apparente, il se fait enlever et emprisonner dans une cellule individuelle dans laquelle il va passer 15 ans sans voir une seule personne. Son seul lien avec l'extérieur est pendant toute cette période une télévision par laquelle il apprendra au bout d'un an de capture qu'il est accusé du meurtre de sa femme et donc recherché par la police. Au bout de ses 15 ans et toujours sans qu'on lui en explique les raisons, il est remis en liberté. Il va alors tenter de retrouver celui qui l'a séquestré aussi longtemps, et qui semble prendre un malin plaisir à le torturer psychologiquement en lui laissant ostensiblement des indices qui semblent devoir le forcer à se souvenir peu à peu de son passé et plus précisément de ses années lycée. Dans sa recherche, il va faire la rencontre de Mido, une jeune cuisinière dont il va peu à peu tomber amoureux.

casting
Choi Min-sik: Oh Dae-su
Yoo Ji-tae : Lee Woo-jin
Kang Hye-jeong : Mido
Kim Byeong-ok : Mr Han
Ji Dae-han : No Joo-hwan
Yun Jin-seo : Lee Soo-ah

critique:
__Ce film, adapté du manga du même nom et faisant partie d'une trilogie de Park Chan-Wook sur le thème de la vengeance (avec "Sympathy for Mr Vengeance" (2000) et "Lady vengeance" (2005)), a reçu plusieurs récompenses internationales dont la plus prestigieuses est le "Grand Prix du Jury" à Cannes en 2004, et le moins que l'on puisse dire est que toutes ses récompenses sont amplement méritées.

__Bizarrement, "Old Boy" est un film largement précédé d'une réputation assez sulfureuse de film ultra-violent, réputation alimentée par l'affaire de la fusillade de l'université de Virgina Tech aux Etats-Unis, le jeune étudiant s'étant photographié dans la même position que le personnage de Oh Dae-Su sur l'affiche du film, un marteau à la main. Pourtant, si le film est certes assez violent, il l'est beaucoup moins, visuellement parlant, que la plupart des films d'action ou traitant du thème de la vengeance qui sortent en salle de nos jours. C'est que la violence est ici pour le spectateur plus psychologique, plus dans la suggestion et Park Chan-Wook, par un montage à la fois très rythmé mais qui ne montre que le minimum, sans effusions de sang à tout va, sans sur-esthétiser le tout, laisse le spectateur imaginer par lui même les torture pour le moins sadiques que subit ou fait subir le protagoniste. C'est d'ailleurs cette théorie que l'un des adversaires de Oh Dae-Su exposera lorsque, le tenant au bout de son marteau afin de lui faire subir ce qu'il lui avait fait lentement et sagement quelques jours auparavant (à savoir un arrachage de dents sans anesthésie), il lui dis que "les gens tremblent car ils imaginent. N'imaginez pas et vous aurez du courage"; l'imagination encore plus efficace sur un plan psychologique qu'une confrontation directe avec la réalité? C'est effectivement le message (clair) que Park Chan-Wook veut faire passer et vu l'efficacité de son film, on y croit.

__Tout le film repose sur un scénario béton, reprenant dans les grandes lignes le mythe inépuisable mais très difficilement adaptable d'Oedipe, qui traite de l'un des sujets les plus tabous de notre société, à savoir l'inceste.
Dans ce volet de la trilogie de Park Chan-Wook, toute la question est de savoir pourquoi celui qui a ordonné l'enlèvement et la séquestration de Oh Dae-Su a agit ainsi et très paradoxalement, la psychologie des personnages principaux n'est pas énormément creusée, ce qui aurait grandement aidé les spectateurs qui auraient put mener leur propre enquête de leur côté pendant que le film avançait. Mais voilà, tout le film suit la traque de Oh Dae-Su selon son point de vu; et il s'agit d'un homme à la mentalité assez vacillante, qui ne se connaît pas bien lui même et qui avance à tâtons, chaque élément nouveau de l'enquête l'amenant à se connaître un peu plus et à se souvenir d'éléments passés. Peu à peu, on pourrait croire avec tout ce que l'on apprend que l'on finis par connaître bien ces personnages, alors qu'en fait le nombre de questions que l'on est en droit de se poser à la fin du film est presque plus grand que le nombre de questions que l'on se posait au début. Le parcours de Oh Dae-Su est ainsi avant tout une recherche intérieure, une enquête sur lui même, chaque paysage qu'il traverse représentant son esprit, longtemps enfermé et sans horizon, et qui s'ouvre d'un coup au monde et doit dans un temps records analyser et ingurgiter toutes les nouvelles données qui lui arrivent. Une enquête qui d'ailleurs ne mènera pas à grand chose, la preuve en est la situation finale de Oh Dae-Su préférant effacer de sa mémoire tous ces éléments et repartir à zéro plutôt que d'affronter encore un problème qui ne peut que en engendrer un autre (la vengeance appelant automatiquement la vengeance).

__A partir d'une morale plus que simpliste, Park Chan-wook réalise donc un film alambiqué et s'amuse à perdre son spectateur dans les multiples couloirs de son scénario, avec le même sadisme que Oh Dae-Su lorsqu'il arrache les dents de son ancien geôlier. En mêlant ainsi plusieurs types de comiques à plusieurs styles horrifiques, en accumulant à outrance les surimpressions et les cadres trompe l'oeil, les alternances entre points de vues improbables et point de vue de Oh Dae-Su, en distillant de manière tout à fait calculée des dialogues très écrits, poétiques et empreints romantisme, finalement en donnant à son film une allure des plus irréaliste, Park Chan-Wook arrive à nous faire douter sur le réalisme du moindre détail: tout cela n'est-il finalement pas un rêve? Oh Dae-Su ne va-t-il pas finir par se réveiller en sursaut pour se rendre compte qu'il vient juste de faire un énorme cauchemar? Comme dans un rêve, les moindres mouvements qu'il exécute ne sont pas dictés par sa propre conscience, il n'est que le pantin d'une autre personne, Lee Woo-jin, qui finira par avoir raison de son mental. Oh Dae-Su baisse finalement les bras en découvrant ce que son ignorance l'a amené à faire, et se déclare lui même le chien de Lee Woo-jin, mais ce qu'il ne comprends pas c'est qu'il l'est déjà depuis longtemps, et qu'il vient donc juste d'admettre l'évidence. Lee Woo-jin n'a donc alors plus aucun rôle à jouer, sa vengeance est finie et ne pouvant plus se raccrocher à cette homme qu'il manipulait et qui était sa dernière raison d'être, il ne lui reste plus que le suicide pour mettre un point final à cette histoire.

__Film à la fois sanglant et violent mais qui ne tombe pas dans un voyeurisme bas de gamme, "Old Boy" marque les esprits et fait partit de ces films qui n'en finissent pas de se découvrir, dévoilant à chaque visionnage une face encore inconnue de ce qu'ils ont à dire ou montrer. Un film à ne pas mettre entre toutes les mains mais cependant, mais qui ravira sûrement un large public, non pas parcequ'il est commercial, bien au contraire, mais parcqu'il est beau, tout simplement.

critique écrite par Tagazok

ma note: 17/20

votre note (moyenne de vos notes): 16,75/20 (moyenne de quatre notes).

La réplique du film:
"- Les gens tremblent car ils imaginent. N'imaginez pas et vous serez plein de courage."

# Posté le lundi 07 juillet 2008 17:56

Modifié le mardi 09 septembre 2008 19:45

Le Jour où la terre s'arrêta

Le Jour où la terre s'arrêta
Le Jour où la terre s'arrêta, film de 1951, réalisé par Robert Wise

Titre original: The Day the earth stood still (Film américain)

résumé: Washington, en pleine guerre froide, une soucoupe volante se pose en plein milieu d'un terrain de baseball. Suspicieux, craintifs quant-à la menace rouge, mais toutefois curieux, des centaines de badauds, accompagnés de quelques tanks et autres troupes des casernes les plus proches se pressent autour de l'engin pour voir de quoi il s'agit. Au bout de quelques minutes, la soucoupe s'ouvre et il en sort un extra-terrestre ainsi qu'un robot semblant l'accompagner pour le protéger. L'alien, du nom de Klaatu, ressemblant très fortement à un homme, dis venir sur Terre en paix et veux le plus vite possible parler à une délégation de tous les chefs des Etats de notre planète à propos d'un sujet d'une importance capitale. Mais dans ce contexte tendu, on lui fait vite comprendre que ça n'est pas possible et pire que cela, il finis rapidement par être recherché par les polices du pays. Klaatu va alors tenter de rentrer en contact avec des humains assez sensés et sages pour écouter ce qu'il a de si important à leur dire. Le professeur Jacob Barnhardt, un scientifique de renom, pourrait très bien être cette personne.

casting
Michael Rennie : Klaatu/Carpenter
Patricia Neal : Helen Benson
Sam Jaffe : Professeur Jacob Barnhardt
Billy Gray : Bobby Benson

critique:
__ "The Day the earth stood still" aurait pû être un film de science fiction comme il en sortait tant dans les années 50, et tomber dans l'anti-communisme primaire, les aliens dans les films représentant à cette époque très souvent la menace russe ("La Chose d'un autre monde", etc). Ici au contraire, l'alien est montré comme un être porteur d'un message de paix, venant risquer sa vie sur Terre pour alerter les humains des erreurs qu'ils sont entrain de commettre, notamment au sujet de la bombe atomique (le film date de 1951 et la course à l'armement nucléaire avait officiellement commencé en 1949). L'arrivée de l'extra-terrestre sert donc ici comme dans les autres films de science-fiction à cristalliser les peurs des américains, mais il ne s'agit donc pas de l'habituelle peur du communisme, mais bien d'une peur de l'humain lui même, ou plus précisément d'une peur de la bêtise humaine qui pourrait causer la mort de notre planète (et donc de l'humanité).

__Là où le film de Robert Wise est aussi très intelligent et visionnaire, c'est qu'il ne rejette pas en bloc le nucléaire et reconnaît parfaitement que cette nouvelle forme d'énergie peut avoir son utilité. C'est ce qu'il nous montre directement lorsque Klaatu dit que le nucléaire peut servir à bien d'autres choses que la fabrication de bombes, et indirectement lorsque Klaatu, toujours lui, programme une coupure d'électricité générale et mondiale qui "immobilise" la planète entière pendant une demi-heure. Ajoutons aussi à cette critique de l'anti-communisme primaire des américains une certaines satire du puritanisme, l'extra-terrestre se faisant en effet appeller Carpenter (charpentier) et venant sur terre tel un prophète délivrer un message de paix (un message de paix oui, mais ceux qui ne le suivront pas seront punis, mais je développerai ce point plus tard) et se retrouvant finalement traqué par ceux qu'il venait sauver de leur déroute, à cause du jugement hâtif des hommes vis-à-vis de ce qu'ils ne connaissent pas. Comme quoi, les Hommes font des erreurs, les critiquent, semblent au premier abord en avoir tiré les leçons, mais refont les mêmes dès qu'un schéma similaire se produit.

__Autre point sur lequel "The Day the earth stood still" se démarque des autres films de science-fiction de l'époque (et des autres films de science-fiction en général d'ailleurs) et qui est d'ailleurs lié au fait qu'ici l'extra-terrestre viens dans un but pacifiste, est le nombre minime d'effets spéciaux qui ont été utilisés. En effet, ici, pas de grande destruction, pas de grande bataille entre humains et aliens, juste l'arrivée de la soucoupe volante au début, quelques rayons lasers par moment, et c'est tout. On remarquera d'ailleurs que si ces effets spéciaux ont évidemment vieillis, ils restent tout de même acceptables et on imagine qu'à l'époque ils avaient sûrement dû faire leur petit effet sur les spectateurs (on regrettera juste des costumes pour la combinaison de Klaatu et pour son robot tout simplement ridicules). La réalisation de Robert Wise, somme toute très sobre, reste cependant assez efficace, le rythme étant vraiment très bien contrôlé tout au long du film, notamment avec cette scène vers la fin au cours de laquelle Klaatu, accompagné de Helen, tente de rejoindre la maison du professeur Barnhardt et qui présente un réel suspens, une réelle tension dramatique jusqu'au dénouement tragique. Cette réalisation est accompagnée d'une bande son de Bernard Herrmann tout simplement magique, qui nous embarque dès les premières notes pour nous mettre directement dans l'ambiance.

__Cependant, si le film bénéficie d'une bande son et d'une réalisation réussis, ainsi que d'une approche originale du sujet, il est loin d'être parfait, souffrant de certains défauts loin d'être négligeables bien que minoritaires. Premièrement, on ne manquera pas de remarquer que le jeu des acteurs manque cruellement de profondeur, mis à part celui de Patricia Neal qui arrive à tirer son épingle du jeu. Ensuite, si l'extra-terrestre arrive dans le but d'empêcher l'espèce humaine de détruire sa planète et l'univers à cause de "chamaillerie sans grand intérêt", et si sa planète peut sembler être une sorte d'Utopia sur laquelle il n'y a aucune guerre ni aucun conflit d'aucune sorte, le tout est de savoir à quel prix. Son discours final est plus que douteux, malsain même, pouvant répondre au slogan de "notre vision de l'univers, tu l'aimes ou on te détruis", tout ça dans le but de préserver la paix, certes, mais avec des moyens clairement extrémistes (toute personne usant de violence quelconque étant tout simplement annihilée), avec pour seule explication: "ce n'est peut-être pas le meilleur moyen, mais au moins, ça marche".

__ Film partant donc d'une bonne idée originale, et sensée, réellement pacifiste et visionnaire quant-au possibilité ouvertes par la découverte du nucléaire, "The Day the earth stood still" se voit donc malheureusement en partie gâché sur les toutes dernières minutes par ce discours à la morale douteuse, prouvant que même dans les rangs des pacifistes, il peut y avoir des extrêmes qui ne sont clairement pas acceptables. Reste cependant et malgrès tout un film tout à fait plaisant, pouvant être considéré comme une des pierres fondatrices du film de science fiction moderne tant son influence se ressent dans de nombreux autres films plus ou moins bien réussis, de "Star Wars" à "Star Trek" (dont le premier film en 1980 a d'ailleurs été tourné par Robert Wise) en passant par "Abyss" et "Evil Dead".

critique écrite par Tagazok

ma note: 13/20

votre note (moyenne de vos notes): Ce film n'a encore été noté par aucun des visiteurs de ce blog

La réplique du film:
"- Klaatu barada nikto!"

# Posté le lundi 25 août 2008 10:24

Modifié le mardi 09 septembre 2008 19:42

King Kong, la 8ème merveille du monde

King Kong, la 8ème merveille du monde
King Kong, la 8ème merveille du monde, film de 1933, réalisé par Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack

Titre original: King Kong, the eight wonder of the world (Film américain)

résumé: Carl Denham est un réalisateur en perte de vitesse et qui rêve de tourner un film sur la célèbre Skull Island, une île située vers Sumatra mais qui n'est marquée sur aucune carte sauf une sur laquelle il a réussi à mettre le main. Il part donc avec Ann Darrow, une jeune fille qu'il a rencontré dans la rue et qu'il a engagée pour son joli minois, à bord du Venture, un bateau dont le capitaine est un spécialiste de cette région du monde. Sur le bateau, Ann rencontre Jack Driscoll et une vague histoire d'amour se dessine assez rapidement entre les deux. Mais ce n'est qu'une fois arrivé vers l'île que Carl dévoile ses véritables intentions: il existerait sur l'île une créature, un monstre que jamais un Homme blanc n'aurait vu et qu'il voudrait forcément intégrer dans sa bobine ... voire ramener à New-York, ce qui lui rouvrirait directement les portes du succès.

casting
Fay Wray : Ann Darrow
Robert Armstrong : Carl Denham
Bruce Cabot : Jack Driscoll
Frank Reicher : capitaine Englehorn

critique:
__Il y a des films qui passent inaperçus et qui, ne sortant jamais de l'anonymat, finissent par être oubliés à jamais. Il y a aussi des films qui marquent leur temps mais qui finissent eux aussi par être oubliés car ils vieillissent mal, ou car ils ne faisaient que répondre à l'attente des spectateurs de l'époque, ou à une mode aujourd'hui dépassée. Mais surtout, il y a ces films qui dans notre esprit semblent ne jamais vieillir. Ceux dont on entends parler régulièrement, dont on entends toujours, par exemple, "J'ai revu "King Kong" hier soir" et jamais "J'ai vu "King Kong" hier soir". Ces films qui nous semblent familiers avant même qu'on en ait vu une seule image et que l'on appelle par conséquent des classiques, ceux que tout le monde n'aime pas forcément mais à propos desquels tout le monde est d'accord pour dire qu'il s'agit de pièces maîtresses, fondatrices ou innovatrices de genre voire du cinéma en général. "King Kong", réalisé en 1933 par Merian Coldwell Cooper et Ernest Beaumont Schoedsack pour le compte de la RKO (alors en proie à de gros problème d'argents, comme beaucoup de sociétés de production (ou de sociétés tout court)), fait donc partie de cette dernière catégorie, traversant les âges avec autant de facilité que s'il venait de sortir hier, sa force même pas altérée par la réalisation de remakes ou de suites ne lui arrivant de toute façon même pas au doigt de pied. Et pourtant des défauts, ce premier "King Kong" en a plein, surtout maintenant que les avancées technologiques nous permettent d'imaginer prouesses encore et toujours plus osées. En effet sortit en 1933, au débuts du cinéma parlant donc ("Le Chanteur de Jazz", premier film parlant ayant eu du succès et ayant donc imposé le parlant au cinéma, date de 1927), il est clair que les dialogues laissent parfois un peu à désirer, les acteurs (pas si mauvais qu'on voudrait le faire croire) tentent encore tant bien que mal de trouver leurs marques parmi tous les nouveaux codes que la parole a amené au cinéma et certaines répliques à connotations racistes et d'autres ouvertement machistes, qui passaient inaperçues à l'époque car habituelles, peuvent aujourd'hui nous faire grincer des dents.

__En plein dans une période historique de récession économique, Cooper et Schoedsack ont donc réussis avec "King Kong" une double performance. Ils ont tout d'abord réussis, grâce à des rushes préalablement tournés (et qui ont ensuite été intégrés au film) et des planches dessinées représentant King Kong dans différentes situations présentes dans le film, à débloquer pour leur film un budget déjà fort conséquent qu'ils ont même eu le luxe de pouvoir dépasser de près de 80%. Et ils ont en plus de ça réussis à amortir largement ce budget faramineux en sortant le film simultanément dans les deux plus grandes salles de cinéma des Etats-Unis, le "Radio City Hall" et le "RKO New Roxy", qui comptabilisaient à elles deux près de 10000 sièges. Le film fit pas loin de 50000 entrées le premier jour et son succès fut tel qui permit de sauver la RKO de la faillite. Mais qu'est-ce qui expliquait un tel budget pour ce film? Et bien en le regardant la réponse apparait assez clairement: les effets spéciaux y sont pour l'époque extrêmement poussés, avec une utilisation à l'extrême de la rétro-projection et surtout, la marionnette de King Kong. Ou plutôt les marionnettes, puisqu'il en existait en effet tout une multitude, de toute tailles et ne représentant souvent que des parties précises du corps du gorille géant (la tête, un bras, ...) pour les différents plans voulus. Et à cela s'ajoutent aussi toutes les marionnettes de dinosaures en tous genres. Et même de nos jours, si on peut parfois sourire devant l'air carton pâte de ces figurines, on ne peut qu'être en admiration devant le nombre d'expressions pouvant être prises par la tête de King Kong.

__Dans son déroulement, le film subit de nombreuses influences littéraires, comme par exemple les livres de chevalerie du Moyen-Âge, Jack Driscoll allant bravement s'attaquer à cet immonde monstre ayant enlevé sa fiancée, et pose ainsi la base de nombreux films d'actions qui viendront par la suite, où la fille ne servait que de faire valoir (comme cela est très clairement explicité au début du film, la fille n'a qu'un seul critère pour être engagée dans un film: être jolie (quand je vous disait que ce film est profondément macho)) au héros. Et pourtant le film se contredis presque lui même en engageant le personnage joué par Fay Wray (seule personnage féminin du film) dans une deuxième intrigue, beaucoup plus intéressante et elle aussi tirée de la littérature, qui est la relation qui se crée rapidement entre King Kong et Ann Darrow, directement inspirée du conte de "La Belle et la bête", l'oeuvre étant d'ailleurs citée à plusieurs reprises au cours du film. Mais le film l'annonçait déjà au début de part le réalisme apporté à la reconstruction en studio de New-York (le film, comme beaucoup à l'époque, a été intégralement tourné en studio), le film ne va pas faire dans le conte de fées et ici la relation que tente vainement de créer King Kong avec sa dulcinée est donc une relation à sens unique, la belle ne tombera jamais sous le charme caché de la bête, elle ne tentera jamais de comprendre le comportement étrange de la bête envers elle, s'arrêtant toujours à cette peur de l'étranger, cette peur de ce qui nous dépasse et nous effraie au premier abord. Encore plus que sur son île, en tentant de conquérir son coeur King Kong se heurtera à un mur.

__Mais si King Kong n'arrivera jamais à conquérir le coeur de Ann Darrow, il n'en est pas de même pour celui des spectateurs. En effet, King Kong, sortit de sa toute première apparition, est travaillé de manière à ressembler psychologiquement parlant plus à un Homme qu'à un monstre. En effet, les traits de caractère de King Kong sont soulignés tout au long du film pour en faire le gendre (ou l'amant) idéal: courageux, il ne reculera devant aucun ennemi pour protéger celle qu'il tente de séduire; mais il reste cependant tès prudent et vérifie par exemple toujours que son ennemi soit bien mort à la fin du combat, et une fois en haut de l'Empire State Building il ne tentera rien d'insensé et restera toujours fermement accroché à l'antenne. Rajoutons à cela qu'on a bel et bien affaire avec un grand romantique, très nostalgique de son île d'origine, ce qui nous est montré métaphoriquement lorsque King Kong monte l'Empire State Building, plus haut gratte-ciel de New-York (en 1933), comme pour se remémorer sa montagne. Le désarrois de King Kong quand on lui enlève Ann et quand on l'enchaîne, ainsi que son acharnement à la retrouver dans New-York, renforcent encore plus l'attachement que l'on peut avoir pour ce qui n'est pourtant en réalité qu'une marionnette aujourd'hui vieillotte et lorsqu'arrive le moment tragique où King Kong, la 8ème merveille du monde, à bout de force, blessé par les rafales des avions qui le harcèlent, tombe du haut de son building (forte métaphore de l'ange tombant du ciel) pour se retrouver mort, face contre terre, comment ne pas ressentir ne serait-ce qu'un petit picotement au coeur. Et ce n'est d'ailleurs pas pour rien si cet amas de morceaux de fers et de matériaux en tous genres figure au casting du générique du film, comme un véritable acteur, même porté sur un pied d'estale puisque disposant carrément d'un carton pour lui tout seul.

__Vous l'aurez compris, "King Kong" est le genre de film qui mérite largement sa place au panthéon des films les plus marquants de l'histoire, tant il réussit encore aujourd'hui à rester imprimé dans la mémoire collective et à nous impressionner (car oui on peut le dire, j'ai été impressionné, je ne m'attendais vraiment pas à ça). Film marqué par son époque et qui pourtant s'adapte très bien aux temps qu'il traverse, c'est exactement le genre de film que l'on ne finit pas de découvrir alors même qu'on croit le connaître par coeur sans l'avoir vu à force d'en avoir entendu parler. Un classique du genre fantastique, un classique du cinéma en général.

critique écrite par Tagazok

ma note: 16/20

votre note (moyenne de vos notes): 15/20 (une seule note)

La réplique du film:
"- Hey, tu te fais tout doux avec elle? J'ai assez d'ennuis pour qu'une histoire d'amour viennent compliquer les choses! Tu ferais mieux de ne pas aller plus loin, Jack!
- Une histoire d'amour! Tu penses que je vais tomber amoureux de la première dame venue?
-
Je ne m'y trompe jamais: un bel oeuf bien dur voit un joli visage et paf, il se casse et se retrouve comme un idiot.
- Hey qui tu traites d'idiot? Ecoute moi, je ne t'ai jamais laissé tomber, n'est ce pas?
- Non, t'es un gars bien coriace, mais si la Belle t'attrape tu .. tu ... Hum, je viens juste de penser à un thème musical ...
-
Hey, dis moi, de quoi tu parles!
- C'est l'idée de mon film: le monstre est un gars coriace lui aussi, il pourrait écraser le monde! Mais quand il vit la Belle, elle l'attrapa: il devint doux, perdit sa sagesse et les petits Hommes l'écrasèrent. Pense-y bien, Jack!"

# Posté le mardi 09 septembre 2008 10:30

Modifié le jeudi 16 octobre 2008 19:08

Tristana

Tristana
Tristana, film de 1970, réalisé par Luis Buñuel

Titre original: Tristana, una Pasion morbosa (Film espagnol, français et italien)

résumé: A la fin des anées 1920, à Tolède, Tristana, jeune fille de 18 ans, vient de perdre sa mère et se retrouve orpheline. Elle est recueillie, selon les dernières volontés de sa mère, par Don Lope Garido, aristocrate sans argent et déjà âgé, qui du statut de tuteur passe assez vite à celui d'amant. Au bout de deux ans, Tristana, de plus en plus dégoûtée par Don Lope, s'éprend d'un jeune peintre barcelonais, Horacio, avec qui elle part vivre. Au bout de deux ans, atteinte d'une tumeur à la jambe et se croyant sur le point de mourir, elle revient à Tolède et demande à être soignée chez Don Lope. On doit finalement l'amputer, et Horacio finit par la quitter. Entre temps, Don Lope est devenu riche grâce à un héritage et va donc s'occuper de Tristana qu'il aime toujours et avec qui il finit par se marier quelques temps plus tard. Mais Tristana devient de plus en plus acariâtre et irascible, et se met paradoxalement à le haïr de plus en plus. Un soir, Don Lope a une attaque et demande à Tristana d'appeler le médecin en vitesse.

casting
Catherine Deneuve: Tristana
Fernando Rey: Don Lope
Franco Nero: Horacio
Lola Gaos: Saturna
Jesus Fernandez: Saturno


critique:
__Il est souvent très intéressant de remarquer, lorsque l'on s'intéresse d'assez près à un réalisateur (ou même à un artiste en général), à quel point ce sont souvent ses réalisations (ses oeuvres) les moins connues qui nous en apprennent le plus sur lui, nous aident le plus à le comprendre lui et le reste de son oeuvre. C'est particulièrement vrai avec Luis Buñuel, dont les gens connaissent très bien par exemple "Un Chien Andalou" ou encore "Belle de Jour" ou "Le Journal d'une femme de chambre" alors qu'ils ne connaissent pas d'autres films comme "Tristana" ou "Las Hurdes" (et n'en ont peut-être jamais entendus parler), pourtant d'une importance capitale dans la vie du réalisateur et terriblement utiles pour apprendre à le connaître un peu mieux. Car c'est en effet dans ces films encore plus que dans ses classique que le réalisateur se livre complètement aux spectateurs et nous fait partager ses peurs, ses contradictions, ses obsessions d'homme vieillissant.

__Comme chaque fois dans un film de Luis Buñuel, le plus important à décrypter, ce que nous devons décortiquer avant toute chose, est le scénario. Luis Buñuel fait en effet parti de ses réalisateurs qui ne laissent rien au hasard et dont chaque virgule du scénario, chaque détail des décors et des situations, est sensé faire sens. C'est la thèse qui est d'ailleurs défendue pendant tout le film par Tristana: entre deux choses, deux objets ou deux aliments, par exemple, il faut toujours choisir car rien n'est exactement pareil, les choses sont définitivement distinctes et non interchangeables (cette idée qu'à Tristana est d'ailleurs la réminiscence d'un jeu que Buñuel avait inventé avec sa soeur). Dans une colonnade, aucune des colonnes n'est exactement pareille qu'une autre, arrivé à une patte d'oie, le chemin de gauche ne mène nécessairement pas au même endroit que le chemin de droite et on doit forcément avoir une préférence, même lorsqu'il s'agît de savoir quel pois chiche dans l'assiette on va manger en premier, de la même manière que le réalisateur, selon Buñuel, doit dûment choisir entre deux scénarios possibles et ne rien laisser à la légère. D'ailleurs en choisissant le chemin de droite, Tristana trouvera Horacio dont elle tombera amoureuse et cela conditionnera le reste de sa vie. Doit-on donc en déduire que Buñuel s'est transposé dans le personnage de Tristana? Oui et non.

__Réalisateur ayant commencé sa carrière de manière explosive avec ce qui est connu aujourd'hui comme le plus grand film surréaliste du cinéma, "Un Chien Andalou", Buñuel n'a jamais réellement quitté cette ligne directrice et encore en 1970 (ç'a d'ailleurs duré jusqu'à la fin de sa carrière), il se servait de ses films pour perdre les spectateurs. Si on peut effectivement retrouver le réalisateur dans ce film, ce n'est pas seulement dans un personnage qu'il faut le chercher. La plupart de ses traits de caractère se retrouvent d'ailleurs dans le personnage de Don Lope, vieux bourgeois aux tendances anarchiques et au grand sens de l'honneur, cristallisant les peurs de Buñuel vis-à-vis de la vieillesse et qui finit par recevoir chez lui des religieux (Buñuel avait été largement critiqué en 1968, deux ans plus tôt donc, lors de la sortie de "La Voie Lactée"). Il est d'ailleurs intéressant de remarquer qu'à la fin, Don Lope redevenu riche grâce à un héritage, rachète les pièces d'argenterie et le mobilier qu'il avait du vendre alors qu'il était devenu pauvre. Pas d'autres pièces d'argenterie ou d'autres meubles, non, exactement les mêmes que ceux qu'il avait perdu, preuve que lui aussi sait bien que deux choses qui se ressemblent ne sont pourtant pas les mêmes.

__Mais il serait pourtant faux de penser que "Tristana" n'est qu'un portrait déguisé de Luis Buñuel. En effet, la portée du film est beaucoup plus générale que ça, et tout du long, Buñuel dresse un portrait de l'Espagne tout entière, alors qu'elle tente de se défaire du joug de l'Inquisition qui la gouverne depuis plusieurs siècles. En effet, le film est rythmé par quelques passages de manifestations matées assez violemment par la police, et cette métaphore de la métamorphose de l'Espagne se retrouve encore une fois aussi dans les traits de caractère de Don Lope. Celui-ci est montré au début du film comme un anarchiste pur et dur, se dressant de toute sa force contre la police et l'Eglise et les conspuant à loisir. Mais à la fin, las, Don Lope change du tout au tout, se marie avec Tristana, devient ami avec le commandant de la police et invite régulièrement les membres du clergé chez lui. Et plus il se ramollit politiquement, plus son état se dégrade, si bien qu'on pourrait se demander entre les affres de la vieillesse et ses changements d'idéaux politiques, lequel entraîne l'autre. Don Lope fait-il la paix avec la police et l'Eglise parce qu'il se fait vieux, ou devient-il vieux parce qu'il accepte des membres de l'Eglise et du clergé chez lui? Et se retournement de situation dans le comportement de Don Lope de nous amener à cette réflexion: comment serait-il possible qu'un pays aussi profondément catholique que l'Espagne (dans le sens le plus obscur du terme), puisse cesser de l'être du jour au lendemain?

__Comment écrire sur Buñuel, surréaliste parmi les surréalistes, sans parler de sa passion (partagée avec la plupart des membres du mouvement surréaliste) pour les histoires contant des amours (passionnelles) impossibles? "Un Chien Andalou", "L'Age d'Or", ... Luis Buñuel ira même jusqu'à adapter en film le chef d'oeuvre d'Emily Brontë, "Les Hauts de Hurlevent". Mais son histoire préférée était sans aucun doute la belle histoire d'amour et de mort de Tristan et Iseult et encore plus l'opéra qui en avait été tiré par Richard Wagner, auteur et compositeur allemand qu'il vénéra dès son plus jeune âge, dont on pouvait déjà entendre quelques extraits dans "Un Chien Andalou". Car si ça n'est pas évident au premier abord, il devient pourtant logique en y regardant de plus près que "Tristana" est en fait une adaptation des plus osées du "Tristan und Isolde" de Wagner. Et quand on voit le titre, "Tristana", et qu'on sait quelle importance Buñuel apportait au moindre détail, cela devient carrément évident. Mais il s'agit d'une adaptation des plus originales, car si on retrouve bien trois personnages qui pourraient correspondre aux trois personnages principaux de "Tristan und Isolde", la vérité est tout autre, et il devient clair que Tristana et Don Lope représentent tous les deux plusieurs personnages de l'opéra à la fois, et que Horacio, même dans son rôle de peintre raté et sans avenir représente très bien Tristan, lorsqu'il terrasse Don Lope lors d'un simulacre de duel. En effet Don Lope en tant que vieil homme cocu, représente très bien le roi Mark, mais de part son sens de l'honneur campe aussi parfaitement Tristan, mais un Tristan qui de part sa défaite prend des airs de Morholt, géant sanguinaire qui aurait dû originellement épouser Isolde mais qui sera battu avant. Tristana, elle, personnage clairement narcissique, représente Tristan et Isolde à la fois, et personnifie parfaitement leur passion destructrice. Même Saturno, éperdument amoureux de Tristana, prend par moments des airs de Tristan.

__A la fois oeuvre personnelle, métaphorique, littéraire et profondément ancrée dans le monde réel, témoin des prémices d'une période noire de l'histoire Espagnole, "Tristana", bien que souffrant par moment de quelques problèmes de rythme et de lourdeurs, est clairement l'un des films les plus importants de la filmographie de Luis Buñuel, et mérite à ce titre d'être beaucoup plus connu. Film aux milliers de facettes, Buñuel en le réalisant c'est mis face à ses démons et nous y dévoile toute une part de sa psychologie, sa profonde pudeur balancée par une vision très comique du sexe, sa peur de devenir vieux surtout, et dresse un portrait universel nous laissant à penser que finalement, "les Hommes font ce qu'ils peuvent, le destin fait le reste".

critique écrite par Tagazok

ma note: 15/20

votre note (moyenne de vos notes): (ce film n'a pas encore été noté par aucun visiteur du blog)

La réplique du film:
"- Jamais deux choses ne sont pareilles!"

# Posté le vendredi 17 octobre 2008 19:59

Modifié le vendredi 14 novembre 2008 09:22

The King of New York

The King of New York
The King of New York, film de 1990, réalisé par Abel Ferrara

Titre original: King of New York (Film italien, américain et britannique)

résumé: Frank White, parrain new-yorkais, sort de prison après y avoir passé 5 ans pour trafic de drogue. Malgré ses manières sanglantes et expéditives de reconquérir sa place au sein de la mafia new-yorkaise, son rêve reste de construire un hôpital. Très vite, il se fait surnommer "The King of New York" par la presse et par ses pairs, au grand dam de la police qui s'escrime à le poursuivre et va même jusqu'à utilier des méthodes similaires aux siennes pour essayer de l'arrêter et de dissoudre son gang.

casting
Christopher Walken : Frank White
Laurence Fishburne : Jimmy Jump
David Caruso : Dennis Gilley
Victor Argo : Roy Bishop
Wesley Snipes : Thomas Flanigan
Steve Buscemi : Test Tube


critique:
__Film phare dans la carrière d'Abel Ferrara, "The King of New York" est celui qui l'a révélé au grand publique et l'a imposé sur le devant de la scène cinématographique comme réalisateur sur lequel il allait falloir compter. Suivant une narration classique, dès le début, tout le film est verrouillé par cette scène d'exposition, dans la prison de Sing Sing. Frank White, que l'on devine être le "King of New-York" dont nous parle le titre, nous y est présenté de dos, comme ayant perdu son statut et son identité. Roi déchu n'ayant pourtant rien perdu de son aura il est ainsi acclamé par l'ensemble des autres déchus dont les mains, brandies à travers les barreaux, semblent demander la bénédiction (ou plutôt la malédiction, comme nous le verrons plus tard) à ce seigneur tout puissant que l'on va remettre en liberté. Plus qu'un roi, Frank White se révèlera plus tard être un véritable ange déchu, le mal nécessaire à ce monde pour qu'il tourne rond, l'élément déclencheur, révélateur de la véritable nature humaine, représentant d'ailleurs lui aussi l'humanité toute entière.

__Originaire de la Grosse Pomme, Abel Ferrara est de ces réalisateurs que New-York fascine au plus haut point. Mais là où la plupart y voient une ville vivante, moderne, rayonnante, Ferrara ne se sert de cette modernité apparente que pour souligner la vraie nature humaine, refaisant surface par le biais de la mafia, de la prostitution, des meurtres et du sang. Cette vision, noire, glauque et qui est majoritaire dans le film, contraste donc énormément avec d'autres plans, plus rares d'une ville lumineuse, sûre, une ville ou la police serait respectée et respectable. Frank White, en tant qu'ange déchu, est une créature de la nuit, c'est à ce moment là, dans le sombre, qu'il prend toute sa puissance, et même lorsqu'il attaque en plein jour, c'est depuis une limousine, derrièr une fenêtre teintée qu'il ne baisse que le temps de comettre son sanglant méfait. Tel le loup-garou qui, possédé par la lune, se transforme en bête dépourvue d'humanité, Frank White se laisse gangrener par la ville et ses aspects moribonds, et c'est donc de nuit qu'il nous révèle les véritables aspêcts de l'âme humaine.

__Frank aime cette ville moderne, mais il est froid, comme elle, et usé, comme elle. Quand il se replie pour une soirée entre gens de son gang, c'est dans une vieille batisse toute délabrée, reflet de son âme dans laquelle il se piège lui-même (et en effet, c'est là que son gang va ête attaqué et exterminé). Frank, ainsi que tous les autres personnages du film, représentent chacun l'Homme avec un grand H, l'humanité qui se piège elle même dans la violence, et qui aura le temps de voir tout ce qu'elle avait construit, disparaitre. L'Homme ne veut pas être mauvais, il veut faire le bien (Frank veut construire un hôpital, les flics veulent coincer le gang de Frank, Jimmy Jump défend les enfants et leur donne de l'argent pour qu'ils puissent jouer, bref chacun ne fait que suivre le chemin qui lui semble bon), mais chacune de ses actions le ramène à son essence malsaine et le tout fini dans un bain de sang que l'on pourrait qualifier d'apocalyptique, chacun finissant détruit, physiquement ou émotionellement, et personne ne trouvant jamais la tranquilité voulue. Et cette aspect auto-destructeur, seul Frank semble le percevoir, conscient comme l'est Ferrara (dont il est de toute évidence l'Oeil, le regard dans ce film) que l'homme n'est en aucun cas un être qui évolue. Ou plutôt un être qui n'évolue qu'en apparence, en construisant des villes, en inventant des machines aussi anodines qu'une voiture, et qui peuvent pourtant servir d'armes mortelles (voir la scène ou le flic, cramponné à la portière de Jimmy, se fait (comble de l'ironie) fracasser contre une bouche incendie (outil servant normalement à sauver des vies)), mais qui fondamentalement, émotionellement et psychologiquement, reste toujours le même animal pensant. L'Homme décris par Ferrara n'est pas un Homme fait d'histoire et d'évolution, mais d'obsessions et de pulsions (depréférence meurtrières). Frank se pose donc comme le regard omniscient du film, sachant dès le début comment tout cela va finir, mais jouant tout demême la partie: lors de la descente des flics, il fuie, calme, stoïque, sachant que son heure n'est pas encore venue, mais plus tard il se rendra à la police l'encerclant de manière toute aussi calme et stoïque (après tout, il aurait pu prendre un otage, il nous a montré qu'il sait le faire de manière très efficace), sachant que cette fois, la fin es belle et bien venue.

__D'un point de vue purement technique, "King of New-York" se rapproche plus du film fantastique tel que défini par "Alien, le 8ème passager", avec des décors fleurtants avec le bleu électrique des néons. Tout dans cette lumière, semble refuser la violence portée par le rouge du sang et étrangement, les scènes les plus tranquilles comme celle du mariage sont les seules tournées dans des tons rouges saturés, agressifs. Comme pour souligner que même là (et peut-être surtout là!), la violence est présente, même lors d'un mariage, même entre flics - et d'ailleurs, l'un des policier, soûl, ne tentera-t-il pas d'embrasser la mariée? De même que pour la narration, la réalisation dans son ensemble et le montage soulignent les contrastes de l'âme humaine et du monde créé par l'Homme (à son image), et Ferrara jonche son film de références carrément directes à l'enfermement de l'Homme dans un cercle vicieux moribond (ce n'est pas pour rien que Frank se spécialise dans les drogues, substances addictives, et l'architecture de New-York, avec ses ponts pour le métro et pour les routes, ses pilliers de partout, ressemble étrangement à une prison, etc).

__Une petite recherche sur le génie Google nous apprendra que Ferrara, avec son scénariste Nicholas St John, aura mis 5 ans à écrire et paufinr le scénario de "The King of New York", pour un résultat à la hauteur de toutes nos espérances, carrément démentiel. Ce n'est d'ailleurs peut-être pas pour rien si le personnage de Frank White a lui passé 5 ans en prison avant de retrouver la liberté. Film de mafia sans être réellement un film de mafia, réel recherche sur l'être humain et sa nature, "King of New York" bouscule les habituels situations manichéennes, que l'on retrouve normalement dans ce genre de film. Il n'en fallait d'ailleurs pas plus pour que le film, à sa sortie en 1990, fasse un scandale monstre, et pour que des années plus tards il soit passé comme vrai film culte et véritable chef-d'oeuvre.

critique écrite par Tagazok

ma note: 17/20

votre note (moyenne de vos notes): (ce film n'a pas encore été noté par aucun visiteur du blog)

La réplique du film:
"- Qui voudrait te voir en cage?"
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# Posté le vendredi 07 août 2009 12:31

Modifié le jeudi 13 août 2009 21:50