My Fair Lady

My Fair Lady
My Fair Lady, film de 1964, réalisé par George Cukor

Titre original: My Fair Lady (film américain)

résumé: Eliza Doolittle, fille de Alfred P. Doolitle, un vieil alcoolique misant tout sur sa chance légendaire pour trouver de l'argent afin de combler sa soif, est une pauvre vendeuse de fleurs rêvant de travailler dans un vrai magasin plutôt qu'à la sauvette dans la rue. Malheureusement, ni son allure générale ni son accent des rues ne la rendent assez crédible pour pouvoir accéder à un tel poste. Mais un soir, par hasard, elle rencontre le professeur Henry Higgins, qui la prenant en exemple pour se vanter auprès de son nouvel ami le colonel Hugh Pickering, annonce qu'il pourrait en 6 mois seulement, corriger la diction et les manières de Eliza de manière à la faire passer pour une duchesse devant le roi elle même. Au début, ces paroles sont lancées un peu à la va vite, mais Eliza Doolittle insiste auprès du professeur pour tenter l'expérience. Après quelques temps, le professeur emmène Eliza à une course de chevaux afin de tester ses progrès en la présentant à sa mère. Mais Eliza crée scandale en criant quelques mots irrévérencieux, créant le doute sur le fait qu'elle soit prête à être présentée au roi lors d'un bal devant se dérouler seulement quelques semaines plus tard, à Buckingham Palace.

casting:
Audrey Hepburn: Eliza Doolittle
Rex Harrison: Le Professeur Henry Higgins
Wilfrid Hyde-White: Le Colonel Hugh Pickering
Stanley Holloway: Alfred P. Doolittle
Gladys Cooper: Mrs. Higgins
Jeremy Brett: Freddy Eynsford-Hill
Theodore Bikel: Zoltan Karpathy

critique:
__Constituant l'un des plus grand succes de George Cukor et mettant en scène Audrey Hepburn dans l'une de ses plus remarquables interprétations, My Fair Lady est sûrement l'oeuvre cinématographique inspirée du "Pygmalion" de George Bernard Shaw la plus réussie jusqu'à maintenant. Ce film, qui a d'abord été une comédie musicale jouée 2717 fois en un peu plus de 6 ans (ce qui a l'époque fut un record), bien que reprenant un schéma aujourd'hui classique, mis en scène un nombre incalculable de fois, reste cependant poignant, et demeure l'une des meilleures comédies musicales existantes. On peut donc se demander ce qui fait que ce film pourtant à première vue exempt de toute originalité sur le papier, a obtenu un succès plus que satisfaisant à sa sortie, et continue encore aujourd'hui à marquer les spectateurs quels qu'ils soient (le nombre de personnes n'ayant pas apprécié ce film un minimum se comptent sur les doigts d'une main), car je vous met réellement au défis de ne pas sortir du visionnage de ce film avec un sourire béat accroché au visage.

__Alors commençons par le début. Le scénario, comme je l'ai déjà dis, n'a rien d'extraordinaire, surtout à notre époque où ce sujet (la transformation d'une fille du peuple en grande dame de la cour) a été maintes fois repris (parfois sous d'autres formes, comme la transformation d'une jeune fille au physique ingrat en une jeune demoiselle magnifique, etc ...), et si ce type de scénario était peut être original dans les années soixantes, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Oui mais voilà, ce scénario a été confié à George Cukor. Et alors? alors Cukor est de ces réalisateurs capable de faire de grandes choses à partir de presque rien, et c'est ce qui se passe avec My Fair Lady. Rarement le spectateur est déçu par la caméra, et encore, je dis rarement par simple mesure de sécurité, car pour parler franchement, je n'ai pas le souvenir d'un seul plan m'ayant déçu dans ce film. Certes ça n'est pas non plus extraordinaire, mais c'est plus que potable, suffisant en tout cas pour laisser le spectateur se faire subjuguer par la mise en scène, et notamment la mise en scène des scènes chantées, car il ne faut pas oublier que My Fair Lady est avant tout une comédie musicale. Et en parlant de chansons, il y en a des choses à raconter dessus, des bonnes choses ... et des moins bonnes. Commençons par les mauvaises. Enfin, je dis mauvaises, mais ce ne sont pas des choses influent sur la beauté du film, mais plutôt, comment dire ... des petits secrets de productions, pas très avouables. En effet, sur certaines chansons, la voix d'Audrey Hepburn fut jugée imparfaite, et l'actrice fut doubler par une chanteuse professionelle, sans que la Warner la mette au courant. Parait-il que la colère de Audrey lorsqu'elle découvrit la supercherie fut telle que la Warner s'en souvient encore. Mais passé ce petit subterfuge qui je pense n'était pas indispensable, les scènes de chant sont vraiment admirables, ça saute dans tous les sens, ça gesticule parfaitement, les voix sont superbes, c'est bien simple, on s'y croirait.

__Pour ce qui est du casting, on retrouve Rex Harrison, qui tenait déjà le même rôle (celui du professeur Harry Higgins) dans la comédie musicale originelle, et qui interprète à merveille son rôle de linguiste mysanthrope et un brin mysogine, blasé de la vie, pour qui les seules choses qui comptent sont son travail, et l'argent, car c'est bien principalement l'appat du gain qui le pousse à accepter de former Eliza à devenir une grande dame en changeant ses manières et surtout sa diction. Son côté mysanthrope, légèrement sadique envers Eliza (il faut voir tout ce qu'il lui fait subir comme exrcices éreintants afin de la faire progresser) donne d'ailleurs lieu à des scènes dignes de rester gravées dans les mémoires tellement elles sont hillarantes. Eliza quand à elle est interprétée par une Audrey Hepburn rayonnante faisant honneur à sa réputation d'actrice excellente. Si l'on rajoute à ça que sa beauté illumine chacun des plans où elle apparait, alors oui, elle est pour une très grande part dans la réussite de ce film (et ce même si quelques unes de ss chansons ont apparament été doublées). Le reste du casting ne fait pas non plus honte au film, bien au contraire. Wilfrid Hyde-White est très convaincant dans son rôle du Colonel Pickering, tout comme Gladys Cooper qui joue le rôle de Gladys Cooper, et il est impossible d'oublier Stanley Holloway, tout simplement magnifique dans le rôle de Alfred Doolittle, le père de Eliza, qui lui va comme un gant. Rajoutons à ça des décors vraiment beau, et des costumes pas mal du tout (les robes portées par Audrey Hepburn sont tout simplement magnifiques) qui rajoutent encore plus de crédibilité aux personnages, et on obtient un film quasiment parfait. En fait, seul Jeremy Brett qui joue Freddy, fait un peu tâche au milieu de tous ces superbes acteurs, et gâche légèrement les scènes dans lesquelles il apparait.

__Mais sous cette comédie frappante se cache aussi une critique de la société anglaise qui l'est tout autant. Cette critique appaarit particulièrement dans le discours de Higgins, au début, qui critique le fait que les gens soient enfermés dans la classe social dans laquelle ils naissent à cause du simple fait que ces personnes n'ont jamais eut l'occasion d'apprendre les bonnes manières et comment parler correctement. Dans le même temps, si Higgins critique ce fait avéré, il ne fait tout d'abord rien pour le changer, alors qu'il sait pertinemment qu'il en est capable, et il est clair que Cukor fait dans cette scène à la fois la critique d'une pyramide sociale trop encrée dans les moeurs, et du désinterré qu'y portent les populations aisées. Cette critique des classes revient d'ailleur peu après, lorsque Eliza se rend chez Higgins, et que ce dernier, au cours de la conversation qui s'ensuit, met sur le même plan les fleuristes, les femmes de chambre et les duchesses. Entre autres critiques de second ordre, viendra aussi plus vers la fin du film, la critique des spécialistes, des experts, critique menée à travers le personnage de Zoltan Karpathy, un expert linguistique connu et reconnu, qui affirme haut et fort et fait courir la rumeur que Eliza est une princesse étrangère. A croire que les experts, finissant par s'enfermer eux-mêmes dans une vision du monde erronée, et finissant par devenir trop sûrs d'eux, finissent par se tromper encore plus grossièrement que les non initiés en la matière.

__Alliant donc habilement comédie, comédie musicale et critique de la société contemporaine au travers d'un film se déroulant à l'époque victorienne, et servit par un casting comme rarement on en a vu (et comme rarement on en verra, j'en ai bien peur), ce film fait quasiment un sans faute, souffrant juste de quelques (toutes) petites longeurs sur la fin.

critique écrite par Tagazok

ma note: 17/20

votre note (moyenne de vos notes): 15,30/20 (moyenne de cinq notes)

La réplique du film:
"- MAGNE TOI LE CUL DOVER, MAGNE TOI LE CUL!!!"

# Posté le mardi 14 août 2007 21:58

Modifié le mardi 09 septembre 2008 19:03

Les Enfants terribles

Les Enfants terribles
Les Enfants terribles, film de 1949, réalisé par Jean-Pierre Melville

Titre original: Les Enfants terribles (film français)

résumé: Paul, un jeune homme, se prend une boule de neige en pleine poitrine, et sans que personne puisse réellement expliquer pourquoi cela lui cause un malaise. Le docteur lui conseille donc de rester se reposer chez lui, et c'est donc sa grande soeur Elisabeth, avec laquelle il a une relation à la fois électrique et fusionelle, qui est chargée de s'occuper de lui. Les deux frère et soeur commencent donc une série de jeux pour le moins ambigüs, bientôt rejoins par Gérard, un ami de Paul, et Agathe, une amie d'Elisabeth. Entre les quatre jeunes gens vont naitre des passions, des sentiments qui leurs étaient jusqu'alors inconnus, et qui peuvent parfois se réveler destructeurs, surtout quand ces sentiments sont mal acceptés par certains membres du petit groupe.

casting:
Nicole Stephane: Élisabeth
Edouard Dermit: Paul
Jacques Bernard: Gérard
Renée Cosima: Agathe / Dargelos
Jean Cocteau: Le narrateur

critique:
__Il existe des films, parfois, où au bout de trente minutes de visionnage, on se demande si on va continuer à le regarder ou y mettre fin. Alors on regarde quinze minutes de plus "histoire de voir". Et puis finalement, comme dans un conte de fée, le film semble s'arranger, l'histoire devient enfin interessante, les intrigues se complexifient juste suffisament pour commencer à nous tenir de plus en plus en haleine, de telle façon que l'on ne peut plus quitter des yeux l'écran sur lequel se déroule le film, et que lorsque le générique de fin commence, lorsque le film est finis, on en a complètement oublié le début qui avait faillit nous endormir. Et "Les Enfants terribles" fait vraissemblablement partie de cette catégorie là.

__En effet, le début, lent et sans grands entrain, semble tout simplement ne pas prendre en compte le fait qu'il y ait un spectateur qui puisse regarder le film, ce qui est notament dû en grande partie au jeu des acteurs, peu convaincant. Dans cette première partie, rien ne se passe de bien interessant. Paul fait un malaise et est obligé de rester au lit, surveillé par sa soeur. Et alors? Il n'arrête pas de s'engueuler avec elle, mais ils finissent toujours par se réconcillier. Et alors? C'est le lot de tous les frères et soeur que de se disputer et de se raccomoder ensuite, et très franchement, ces disputes ne sont pas très bien jouées, car en fait trop surjouées, et surtout de façon trop figée. Vous devez vous dire "comment peut-on surjouer une scène de dispute tout en la jouant de manière figée?", et bien je vous assure que c'est ce qu'il se passe ici, ce qui vous donne sûrement une idée de l'horreur que c'est dans ce début de film.

__Puis au bout d'une demi-heure environ, comme par enchantement, les acteurs semblent mieux jouer, surtout Nicole Stéphane, l'interprète de Elisabeth, la scénario semble devenir plus interessant, la relation entre les deux frère et soeur semble se complexifier, les jeux qu'ils s'imposent, dont les règles sont clairement énoncées par la voix du narrateur ce qui est d'ailleurs un peu redondant avec les dialogues par moment, deviennent de plus en plus interessants et ambigüs, montrant une intimité tout autre qu'en première partie, ou la relation frère/soeur était tout ce qu'il y a de plus classique. Ce changement de ton s'opère plus précisément lorsque Paul et Elisabeth sont invités par Gérard à aller à la mer, endroit qu'il n'ont jamais vu. Ce passage, moment clef du film, est donc doublement important, car en plus d'être le moment ou l'intrigue devient interessante, c'est aussi le moment qui scelle une grande partie de ce qui va se dérouler ensuite. En effet, c'est à ce moment là, lorsqu'ils volent des objets dans la boutique, que Gérard s'intègre réellement à la bande déjà formée par Elisabeth et Paul, se vol représentant réellement une épreuve initiatique déterminant si oui ou non il est capable d'entrer dans leur cercle d'amis. D'ailleurs, après leur retour, Gérard traîne de plus en plus avec eux, dormant même chez eux, à un tel point qu'on en vient à se demander si il a une autre famille. Il en est de même pour Agathe, jeune amie que Elisabeth rencontre à son travail, et qui se joint très vite à eux. A ce point là de l'histoire, le cocon formé par les quatre jeunes gens est encore ouvert sur le monde, Elisabeth rencontre même un jeune homme riche, Michaël, avec lequel elle envisage très sérieusement de se marier. Paul, très jaloux, refuse de le rencontrer, mais change finalement d'avis, et finis par très bien l'accepter. Le jeune homme se tuant en voiture, les quatre jeunes gens se retrouvent comme orphelin, et ayant emménagé dans la grande maison de Michaël qu'il leur a légué, referment leur cocon, et ainsi coupés du monde dans leur grande maison à l'ambiance baroque, créent leur petite communauté. L'ambiance devient carrément morbide, les jeunes gens passant carrément leurs journées allongées sur leurs lits, lisant des magasines ou des livres, et se vantant d'avoir une maison de 18 chambres mais n'en utilisant que quatre. Et lorsque l'amour s'en mêle, le cocon se fissure, et Paul le quitte, finissant par observer lui même son "moi" intérieur et y découvrant l'amour qu'il porte pour Agathe. A ce moment, la tension narrative est à son comble, nous, spectateurs, avons déjà oublié depuis longtemps le début foireux de ce film et, captivé par ce qui se passe devant nous, ne pouvons détourner les yeux une seconde, de peur que quelquechose d'important puisse se passer dans ce court laps de temps. Car l'équilibre si fragile du cocon, basé sur l'égoïsme ou la timidité de chacun, qui empêché l'amour d'y entrer, est brisé. La fin est alorsimminante, et Elisabeth va encore plus la précipiter, sombrant dans une folie amoureuse destructrice ammenant à la fin tragique, la mort de deux d'entre eux, libérant les deux autres de leur joug, et les forçant à recommencer une nouvelle vie.

__Et même une fois le mot "FIN" apparut à l'écran, la tension ne redescent pas tout de suite. Cette fin, qui reste brutale et soudaine bien qu'elle soit ammenée par des indices clairs dans les scènes précédentes, laisse le spectateur scotché, comme tétanisé, comme si ce fût lui, et non pas les personnages du film, qui fût mort. Faire ressentir à ce point la tension du film au spectateur, c'est ça, aussi, la force d'un grand film.

critique écrite par Tagazok

ma note: 15/20

votre note (moyenne de vos notes): Ce film n'a encore été noté par aucun des visiteurs de ce blog.

La réplique du film:

# Posté le lundi 19 novembre 2007 11:16

Modifié le mardi 09 septembre 2008 19:05

Cabaret

Cabaret
Cabaret, film de 1972, réalisé par Bob Fosse

Titre original: Cabaret (film américain)

résumé: Nous sommes en 1931. Le Maître de cérémonie d'un cabaret allemand nous fais l'honneur de nous accueuillir pour nous montrer ses plus grands numéros. Et la star principale de son show, la star internationnale, comme il l'appelle, c'est Sally Bowles, jeune américaine rêvant de devenir une grande star du cinéma. Sally Bowles habite un grand appartement tenu par une vieille dame qui y loue plusieurs chambre. Et bientôt, la chambre en face de celle de Sally se voit occupée par un jeune homme, professeur de français venu là pour exercer son métier en tant que professeur particulier. Pendant ce temps, dans la rue, un mouvement issue en grande partie du ras-le-bol des allemands qui subissent de plein fouet la crise économique commence à voir le jour et à prendre de plus en plus d'ampleur. Ces nazis, puisse que c'est comme cela qu'ils s'appellent, agissent par des actes violents, tabassant tous ceux qui dans la rue oseraient s'opposer à eux, et les gens, bien que n'adhérant pas pour la plupart à leurs idéaux, les laissent faire, voyant d'abord dans ce mouvement un remède au communisme. Mais le parti est rallié par de plus en plus de personnes, et devient impossible à arrêter, convaincant toujours plus de monde. Pendant ce temps, dans le cabaret, les morceaux se succèdent, rendant compte de manière critique de ses évènements.

casting:
Liza Minnelli: Sally Bowles
Michael York: Brian Roberts
Helmut Griem: Maximilian von Heune
Marisa Berenson: Natalia Landauer
Joel Grey: Le Maître de cérémonie

critique:
__La comédie musicale. Vous savez, c'est ce genre de films ou les personnages semblent plutôt normaux (quoique dans certains cas, ils sont directement présentés comme ayant un pet au casque), et puis tout d'un coup, sans grande raison apparentes, ils se mettent à chanter, exprimants ainsi leur joie, leur tristesse, ... en un mot, leurs sentiments. Et c'est souvent ce que l'on reproche aux comédies musicales. Cette insertion dans le scénario de parties chantées, qui brisent souvent le réalisme du reste du film, quand ce n'est pas tout le film qui est entièrement chanté, comme c'est le cas dans "Les Parapluies de Cherbourg" de Jacques Demy, réalisé en 1964.
Et bien là, une des premières choses que l'on peut remarquer, c'est donc que "Cabaret" est une comédie musicale sans vraiment en être une, plus un film musical donc, puisque finalement, même si la chanson y tiens une grande part, peu de personnages y poussent la chansonnette (en fait deux, Sally et le Maître de cérémonie), et ses parties chantées s'encrent dans un réalisme parfait, puisqu'elles n'ont lieu que dans l'enceinte du cabaret. Et ce réalisme est d'autant mieux retranscrit que l'énergie de Liza Minnelli et des autres acteurs est des plus intenses et des plus communicatives, lors de ses scènes, on ne fait pas que regarder un show enregistré sur un DVD, non, on est carrément transporté dans le cabaret, avec une impression extrêmement forte de proximité. Cette ambiance est aussi d'autant mieux retranscrite que la réalisation de ces passages dans le cabaret est faîte légèrement à la manière d'un film amateur, la caméra se plaçant parfois au milieu du public, avec certaines têtes qui passent devant l'objectif, ce qui a pour effet de plonger le spectateur dans la salle du cabaret, et participe donc beaucoup du réalisme.

__Mais ce qui fait le charme et la force de "Cabaret", ce n'est pas seulement ses parties chantées. Car en effet, si cela représente beaucoup dans une comédie musicale, c'est se tromper que de penser que tout ne repose que sur ça. Et dans "Cabaret", le reste de l'histoire suit admirablement bien, ce qui est en partie dû au fait que que les paroles des chansons ont un grand rapport avec le reste de l'histoire. Et parlons en, du reste de l'histoire. Car là aussi, existe une petite originalité du film, qui est de s'interesser à une partie de l'histoire allemande qui a été finalement assez peu souvent mis en scène. Je veux parler du début des années 1930, avec la montée du nazisme qui se fait de plus en plus présente et marquée (et qui aboutira comme chacun le sait, en 1933, avec l'élection de Hitler en tant que chancelier du Reich allemand, mais le film s'arrête avant ce moment sombre de notre Histoire). En effet, souvent, les films traitent ou ont traité de la seconde guerre mondiale en elle même, de la persecussion des juifs pendant cette période, mais très peu ont détaillé comment tout cela s'est engrangé, et il faut bien avouer que vu la manière dont cette période est montrée dans "Cabaret", on peut dire que le mal est pour ainsi dire réparé.

__En effet, si on met de côté l'histoire d'amour entre Sally et Brian, qui est une véritable histoire d'amour à l'eau de rose, sans grande importance et sans grand interêt pour le film comme pour le spectateur, et qui constitue en fait le seul véritable point faible du film (mais pas des moindres, vu que ça constitue aussi la trame principale du scénario), les autres histoires annexes sont-elles beaucoup plus interessantes car elles rendent compte d'une réalité historique des plus dure, et met enfin les choses au point avec ce qu'était vraiment la situation en Allemagne à cette époque: non, tous les allemands n'étaient pas des nazis, et oui, certains allemands ont essayé de se dresser contre la montée du nazisme. Et à cette époque, l'Allemagne subissait la crise de 1929 comme aucun autre état européen ne l'a subissait, alors effectivement, ça n'est pas une excuse pour que la majorité d'un peuple bascule du côté du nazisme, mais voilà enfin un film qui ne montre pas l'Allemagne comme les gens l'imaginent (c'est à dire les méchants allemands nazis contre les gentils étrangers), mais plutôt l'Allemagne telle qu'elle devait effectivement être à cette époque charnière qui a scellé le destin de l'Europe pour les décennies qui ont suivies.

critique écrite par Tagazok

ma note: 15/20

votre note (moyenne de vos notes): 16/20 (une seule note).

La réplique du film:

# Posté le mercredi 21 novembre 2007 04:53

Modifié le mardi 09 septembre 2008 19:07

Calvaire

Calvaire
Calvaire, film de 2005, réalisé par Fabrice du Welz

Titre original: Calvaire (film français, belge, luxembourgeois)

résumé: Marc Stevens, chanteur itinérant en Belgique, doit se rendre du nord vers le sud pour se rendre sur les lieux d'un concert qu'il doit donner le soir de noël. Mais en chemin, alors qu'il traverse une forêt sombre et pour le moins inhospitalière de la Belgique profonde, sa camionette tombe en panne. Il trouve refuge dans une auberge qui a cessé toute activité depuis plusieurs années, et n'est depuis lors plus occupée que par Monsieur Bartel, un vieillard, ancien comique, à la psychologie hautement fragilisée depuis le départ de sa femme, Gloria, il y a de ça des années. Cédant totalement à la folie, il prend Marc pour Gloria à cause du fait qu'elle était elle aussi chanteuse, et met tout en oeuvre pour le garder auprès de lui. Le calvaire commence alors pour Marc, qui ne peut désormais compter que sur l'aide des villageois pour lui venir en aide. Et si ces derniers sont tout aussi fous que Monsieur Bartel, il ne reste alors qu'une chance de survie à Marc Stevens: la fuite.

casting:
Laurent Lucas: Marc Stevens
Jackie Berroyer: M. Bartel
Jean-Luc Couchard: Boris
Philippe Nahon: Bob Orton

critique:
__Parfois, il est des films qui à leur sortie, font l'effet d'une bombe atomique à cause de leur impact, de leur réalisation de génie, ou de l'avancée qu'ils font faire au monde du cinéma, sur tel ou tel plan. Et il n'est pas rare que souvent, cela viennent de là où on s'y attend le moins. Et c'est le cas de ce film, "Calvaire", fruit de l'imagination d'un réalisateur belge, fanatique de films fantastiques qui tels ceux de Buñuel, ne crée qu'une frontière infiniment fine entre le réel et l'irréel, l'absurde et le cartésien.

__Car en effet, le monde dans lequel évolue l'action est bien notre monde. L'hospice dont part Marc après son spectacle, au début du film, ressemble à bien d'autres maisons de retraite, avec leurs vieux qui perdent peu à peu la tête, les routes et les chemins empruntés par ce même Marc sont bien réels eux aussi, et d'ailleurs, le film a été tourné en décors réels, en Belgique. Mais très vite, l'absurde commence déjà à pointer le bout de son museau, avec l'apparition de Boris, personnage clairement fou, qui ordonne à Marc de se taire pendant qu'ils marchent jusqu'à l'auberge, mais qui lui même, une fois arrivé, gueule à tue-tête afin de réveiller monsieur Bartel. Première incartade, discrète certes, mais laissant néammoins présager la descente de Marc dans un monde décidemment bien éloigné de celui qu'il connaissait avant.
L'univers fantastique et malsain du film s'accentue donc ainsi petit à petit, au fil du film, nous laissant entrevoir la folie de monsieur Bartel, mais de manière suffisament intelligente pour que nous nous attachions à ce bonhomme complètement désorienté depuis que sa femme l'a quitté.
Puis tout à coup, l'élément déclencheur, Marc sans se rendre compte de la gravité de son acte (il a simplement émis le désir de quitter rapidement l'auberge, afin d'être à l'heure sur les lieux de son prochain spectacle), deviens d'un coup l'esclave de monsieur Bartel, sa propriété, sans aucune issue possible. Et le calvaire commence alors vraiment, entre des courses poursuites dans la forêt rappelant étrangement "Massacre à la tronçonneuse" de part le génie de la réalisation, et des scènes de tortures psychologiques et physiques horribles de part leur longueur, accompagnées en fond sonore par des cris d'animaux des plus horribles faisant prendre tout son sens à l'expression "crier comme un cochon qu'on égorge".

__Le chemin de croix de Marc est donc des plus long et douloureux, magnifiquement orchestré et monté, les références au sens premier du mot calvaire fourmillent de partout, car si ce film n'est en rien un film religieux, les références bibliques ne sont pas en manque, plus ou moins cachées tout au long du film, et les comparaisons entre Marc et le Christ ne sont pas en manque non plus. Cela faisait longtemps qu'un film ne m'avait pas mis les nerfs en pelote d'une aussi belle manière, les non-sens créent une ambiance des plus anxiogène, étouffante, on n'a qu'une envie, c'est que ce massacre prenne fin, et paradoxalement, on reste scotché, les yeux rivés sur notre écran à attendre un dénouement qui tarde à venir. La tension est à son comble, un peu plus et on pourrait se mettre à crier pour que ça s'arrête, pour que cessent les cris d'animaux, mais Fabrice du Welz est un artiste, un vrai, un virtuose, il sait utiliser ses acteurs, tous plus parfaits les uns que les autres, il sait quels effets vont avoir le plus d'impacts sur le spectateur, et sait doser le tout pour arriver à la limite de l'insoutenable sans pour autant plonger dedans. Tel un funambule sur son fil, il nous fait traverser ce calvaire, alors bien sur, on transpire, on a le coeur qui bat de plus en plus vite durant la traversée, on voudrait revenir en arrière, mettre fin au supplice, mais en même temps l'adrénaline montant fait qu'on veut continuer, arriver au bout, et la traversée finie, le film finit, on se sent renaitre, le sang recommence à circuler dans nos veines, et c'est alors qu'on se rend compte qu'on vient de vivre une expérience inoubliable, presque une épopée.

critique écrite par Tagazok

ma note: 18/20

votre note (moyenne de vos notes): 13,5/20 (moyenne de quatre notes)

La réplique du film:
"- On va reprendre notre vie comme avant hein, tu veux bien?"

# Posté le samedi 01 décembre 2007 21:41

Modifié le mardi 09 septembre 2008 19:10

Requiem for a Dream

Requiem for a Dream
Requiem for a Dream, film de 2001, réalisé par Darren Aronofsky

Titre original: Requiem for a Dream (film américain)

résumé: La chose la plus regrettable qui puisse arriver à Sara Goldfarb, c'est que son fils Harry vienne lui piquer son poste de télévision. Car Sara adore la télé, et passe la majeure partie de son temps à regarder les émissions qui y sont diffusées. Ce qu'elle ne sait pas (ou alors ne veut pas savoir), c'est que quand il fait ça, et qu'il la revend au petit droguiste du coin, c'est pour pouvoir ensuite aller dépenser l'argent ainsi gagné dans l'achat de différents types de drogues. Si Sara aime tant sa télé, c'est aussi parceque se sentant seule, elle vit dans l'espoir de passer un jour dans son émission préférée. Un jour, son rêve semble se réaliser lorsqu'elle reçoit un coup de fil puis une lettre lui apprenant qu'elle a été sélectionnée pour y participer. Pendant ce temps, Harry, avec son ami Tyrone et sa petite amie Mariane, commencent à vendre leur propre héroïne, qu'ils achètent quasiment pure puis recoupent. Voulant absolument entrer dans sa plus belle robe pour son passage à la télé, Sara commence un régime à base de pilules aux amphétamines qui l'aident à maigrir, mais la précipiteront dans l'enfer de la dépendance. De leurs côté, Harry, Tyrone et Mariane connaîtrons eux aussi cet enfer, à la suite d'une crise empêchant l'approvisionnement de New-York en sachets d'héroïne, et tenteront par tous les moyens de se procurer leurs doses journalières.

casting:
Ellen Burstyn: Sara Goldfarb
Jared Leto: Harry Goldfarb
Jennifer Connelly: Marion Silver
Marlon Wayans: Tyrone C. Love

critique:
__Présenté hors-concours au festival de Cannes en 2001, "Requiem for a Dream" y avait reçu un accueil plutôt mitigé, ayant beaucoup souffert d'une comparaison injuste avec le livre de Hubert Selby Jr., dont le film est une adaptation. Une comparaison injuste, oui, parceque parmis les personnes ayant planchées sur l'écriture du scénario, figure le-dit Hubert Selby Jr., auteur donc du livre originel. A ce titre, ce film peut donc être vu comme une sorte de complément au livre, donnant donc en partie une autre vision de l'auteur sur sa propre oeuvre. Mais rassurez vous, le film peut très bien être regardé même lorsque l'on a pas encore lu le livre dont il est tiré (titré "Retour à Brooklyn" en version française, d'où le sous-titre du film). Mais assez parlé du livre, venons en maintenant à ce qui nous intéresse, le réel sujet de cet article, à savoir le film.

__Tout d'abord, il est à noter que ce film, en plusieurs points, est des plus classiques. Le sujet dont il traite (la drogue et ses méfaits) est loin d'être original, sa partition en deux est elle aussi des plus prévisibles, avec une première partie traitant des "bienfaits" qu'apporte la prise de drogue et les paradis artificiels qu'elle fait miroiter, avant de basculer sur la déchéance qu'elle finit toujours par engendrer si on ne réagit pas assez vite en arrêtant d'en prendre. Mais dans chacune des deux parties, Darren Aronofsky procède d'une approche pour le moins expérimentale du thème traité, avec une accumulation d'effets visuels, surtout dans la première partie, où les effets de split-screen s'enchaînent les uns à la suite des autres, comme lorsque Harry et Marion s'enlacent sur le canapé, scène qui montre très bien que malgrès leur amour apparent ils sont séparés par quelquechose qui les désunis déjà. A ces effets de split-screen, s'ajoutent des séquences très explicites sans trop en montrer non plus de prises de drogues, toujours plus ou moins les mêmes, et qui venant s'intercaler à chaque fois de manière brusque et inattendue donnent une impression de répétition, impression qui s'accentue à chaque occurence de ce genre de séquence et sensée nous rappeler que malgrès les apparences, la déchéance des drogués commence dès la première prise, dès la première piqûre, avec une dépendance à la drogue qui s'installe et qui fait que peu à peu, toute leur vie finit par ne tourner qu'autour de ça. L'entreprise de sensibilisation est louable, mais se révèle finalement plutôt inefficace, car bien avant de ressentir ce message, le spectateur a plutôt la sensation de s'ennuyer lourdement. Cette première partie du film, à force de trop vouloir en faire avec cette accumulation d'effets, finit donc par lasser, et l'effet voulu passe donc presque inaperçu, pouvant même aller jusqu'à en décourager certains qui pourraient devant cette lenteur de l'action, décider d'arrêter là leur visionnage. Et ce ne sont pas les passages accélérés de la mère sous amphétamines qui pourraient arriver à nous réveiller, tant ils manquent paradoxalement eux aussi de punch.

__Puis enfin, le rythme change. Brusquement. Tout aussi brusquement en fait que l'est la pénurie de drogue, et le spectateur sur son siège est par ce changement de rythme tout aussi malmené que le sont Harry, Marion et Tyrone par ce manque soudain qui se fait rapidement sentir. Enfin le film commence à tenir les promesses de sa réputation de film choc. Très rapidement, les protagonistes comprennent que s'ils veulent continuer à avoir leur dose d'héroïne, il va falloir qu'ils fassent quelques sacrifices, et dans le même temps, le spectateur comprend que ça y est, ils sont allés trop loin, que leur descente aux Enfers est amorcée, et que rien ne pourra plus les retenir. Les cauchemars remplacent brutalement les rêves de grandeur, comme en démontre très bien les visions de folie que subie Sara, qui tout en continuant de s'imaginer en grande gagnante de son émission télévisée préférée, finis par avoir peur de ce qui avant la confortait et lui apportait les quelques rares plaisirs qu'elle avait dans sa vie, à savoir la télé et le frigo. Ces scènes de délires sont pour le moins dantesques, dignes des plus grand films d'horreur, accompagnées par les cris des spectateurs, faisant cruellement penser aux jeux du cirque que l'on donnait à Rome et dans d'autres villes latines dans les temps antiques. Cette allusion aux jeux du cirque est aussi reprise à la fin du film, sauf que cette fois, ce n'est plus un délire dû à la prise de drogues, c'est la réalité, et c'est Marion qui la vit, forcée à se prostituer dans des orgies sexuelles pour pouvoir avoir droit à sa dose, entourée d'hommes d'affaires en furies qui crient à sa compagne d'infortune "défonce là", comme s'il s'agissait d'une mise à mort. Car en effet, s'ils ne sont pas réellement morts, à la fin leur situation n'est pas vraiment préférable, en témoigne la position qu'ils prennent tous plus ou moins, la position du foetus, signe d'une volonté réelle de se protéger du monde et de tout recommencer à zéro, de renaître en quelque sorte. Mais cette renaissance ne pourra se faire que lorsqu'ils auront réussis à chasser de leur vie toute envie de drogue, et c'est là que leur combat de gladiateur commence, et la victoire est loin d'être assurée.

__Film très inégal dans sa narration, assez largement surestimé, "Requiem for a Dream" n'en reste pas moins un assez bon film à la morale simpliste, jouissant par ailleurs d'une bande son tout simplement envoûtante, qui hante le spectateur longtemps après le visionnage du film, amenant avec elle son lot de souvenirs de passages chocs. Ce film n'est pas à mettre entre toutes les mains, et à ne pas regarder dans n'importe quelles conditions, tant on peut en sortir bouleversé, chamboulé, et tant certaines scènes continueront de vous suivre ensuite jusque dans votre lit ou elles viendront posséder vos rêves.

critique écrite par Tagazok

ma note: 12/20

votre note (moyenne de vos notes): 17,28/20 (moyenne de neuf notes)

La réplique du film:
"- On a une gagnante !"

# Posté le jeudi 06 décembre 2007 20:17

Modifié le samedi 08 novembre 2008 09:42